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Avr 03

La difficile retraite du Caucase

En attendant les bonus originaux des prochains numéros qui devraient arriver dans le courant du mois de mai, voici un nouvel article « oldies », paru dans le numéro 13 de la revue bimestrielle.  

Avec la victoire de Stalingrad, Staline et la Stavka, entre-aperçoivent l’opportunité de finir la guerre dans les 6 mois. Ils projettent en effet de se rabattre sur les arrières du Groupe d’Armée A, dangereusement avancé dans le Caucase, en s’emparant de la ville charnière de Rostov-sur-le-Don. Pas moins d’un million d’hommes  seraient alors pris dans la nasse. C’est l’ensemble du dispositif allemand qui pourrait s’effondrer.

panzer bloqué au pied d'une montagne du Caucase.

Panzer bloqué au pied d’une montagne du Caucase.

Situation

Dans le Caucase se trouve le groupe d’armée A, commandé par le général von Kleist, composé de la 17.Armee (Ruoff) et surtout de la 1.Panzerarmee (Mackensen). Son flanc gauche est couvert par la 4e Armée roumaine et les restes de la 4.Panzerarmee. Arrêté d’une part par les contreforts des monts Caucase, par la rigueur de l’hiver russe et le raidissement de la résistance soviétique d’autre part, Kleist a redéployé ses troupes sur des positions d’hiver.  Lors de l’opération Uranus, la 1.Pz.Ar. est déjà en situation précaire : ses premières lignes se situent sur le Terek, à plus de 600 km au sud de Rostov, nœud ferroviaire par où passe la totalité de son ravitaillement. La 17.Armee, quant à elle, se trouve sur les pentes septentrionales du Caucase et est de plus engluée dans des combats stériles pour la prise de Touapse, sur les rives de la mer Noire.

De leur côté, les soviétiques veulent tenter de faire coup double en poussant leur avantage de Stalingrad et déclenchent l’opération Saturne. Les Fronts Sud-Ouest et de Stalingrad, rebaptisés Front Sud, ont pour objectif de forcer les défenses du groupe d’armée du Don, puis de foncer sur Rostov et la mer d’Azov et d’ainsi prendre au piège l’intégralité du dispositif méridional allemand. Cette action doit être secondée par un mouvement offensif du Front de Transcaucasie qui regroupe 8 armées, 2 corps de cavalerie, 2 armées aériennes et la flotte de la mer Noire.

Le 29 décembre,  Hitler, pressé par von Manstein, décide enfin d’autoriser le retrait de l’armée de von Kleist afin de la soustraire au piège qui lui est tendu. Le dictateur a tout de même hésité pendant un mois après la chute de Stalingrad, avant de donner un tel ordre. En effet, Hitler espérait toujours pouvoir prendre les puits de pétrole de Bakou, au printemps suivant. Mais un doute subsiste : la 1.Pz.Ar. doit se replier vers le nord ouest, mais vers Rostov ou la péninsule du Kouban ? Hitler ne l’a pas précisé. Par contre, il a précisé toutes les modalités du repli, avec la durée de chaque étape et le temps que chaque point d’appui devait tenir. La 1.Pz.Ar. doit se battre le jour et retraiter la nuit.

Cette nouvelle hésitation d’Hitler pourrait être fatale à son groupe d’armée.

Les combats pour Rostov

Pour contrer l’attaque du Front Sud vers Rostov, von Manstein n’a aucune réserve d’armée à lui opposer, car Hitler, encore une fois, a refusé de dégarnir même momentanément une partie du front pour contrer une menace immédiate. Il crée donc deux détachements d’armée, ceux de Hollidt et de Fretter-Pico. Ils se positionnent sur la ligne de la rivière Tchir.

Mais ces deux unités combattent à flancs découverts. Au nord, les 1eres armées, 3e de la Garde, 5e de char et 5e de choc mettent la pression, tandis que au sud, se sont les 2e de la Garde, 51e et 28e armée qui foncent vers Rostov. Le 3 janvier, les deux détachements sont obligés de reculer jusqu’au Donets. Le 3e Corps Mécanisé de la Garde de la 51e armée en profite pour se diriger vers Rostov. Il est arrêté grâce à l’intervention prématurée mais miraculeuse d’un nouvel armement : une compagnie de Tiger I. Le 7 janvier, à Zimovniki, à 80km seulement de Rostov, 18 T-34 et 20 Tiger I (!) sont mis hors de combat.

C’est à ce moment là que les deux adversaires sont gênés par l’hiver russe : à partir du 24 janvier, la dégradation du climat impose l’arrête des opérations.  Mais la menace est toujours importante pour le groupe d’Armée A.

Le groupe d’armée A se replie

Le GA A entame son repli du 31 décembre au 1er janvier. Von Kleist veut prendre les Russes par surprise et y parvient. Il décroche sans donner l’alerte.

L’action du Front de Transcaucasie débute par une attaque en tenaille sur les villes de Mozdok et Nealchik, qui sont prises. Plus au nord, une importante offensive à travers les steppes des Kalmouks, à 300 km derrière les lignes du 1.Pz.Ar., fait vaciller la 4e armée roumaine et menace de faire s’effondrer le front à la jonction entre le GA du Don et le GA A. Les Russes prennent Elista puis bifurquent au sud du lac Manych et se dirigent vers Armavir, lieu de passage obligé pour la 1.Pz.Ar. avant Rostov.

Hitler décide que la 17e Armee doit se replier le long de la rivière Kouban, en direction de la péninsule de Taman. Elle pourrait alors être transbordée vers la Crimée à travers le détroit de Kertch. Mais pour l’instant, Hitler veut qu’elle s’agrippe et forme une tête de pont sur la rive est en s’appuyant sur la ville de Novorossisk, d’où pourrait partir l’offensive d’été vers Groznyï. Elle reçoit l’ordre de commencer le mouvement le 10 janvier (opération « téléphérique »). C’est d’abord le XLIXe corps de montagne (Konrad) et le XLIVe corps de chasseur (de Angelis) qui doivent retraiter jusqu’à Maïkop depuis les hautes montagnes du Nord Caucase. La route est courte et les forces soviétiques, affaiblies par le siège de Toupase dans cette partie du front, ne sont pas très mordantes. Mais la 17.Armee est composée de 17 divisions, uniquement d’infanterie : la route est éprouvante pour les troupes harcelées par les partisans.

Von Kleist replie donc ses troupes sans précipitation. Cela lui permet de garder la cohésion de ses troupes et d’assurer la sécurité de celles-ci, tout en conservant le matériel lourd intact. Mais son repli est lent et n’est qu’une succession de combats d’arrière garde et de décrochages qui durent un mois.

Le 27 janvier, Hitler se décide enfin : les états-majors du GA A et de la 1.Pz.Ar. se redéploieront au nord de Rostov, mais seule une panzer division (la 3e), une d’infanterie et deux de sécurité les suivront. Le reste des troupes rejoindra la 17e Armee pour renforcer la tête de pont du Kouban (soit le XLIIe Pz.Kp. avec la 13e panzerdivision et 3 divisions d’infanterie). Outre la perspective de garder des troupes dans le Caucase pour l’offensive de 1943, il veut protéger son allié Roumain, et en particulier ses puits de pétrole de Ploesti, des bombardiers soviétiques.

Le Groupe d’Armée A est sauvé

Le 8 février, la 1.Pz.Ar. a rejoint Rostov et s’est enfin installée sur ses positions sur la rive droite du Mious. La 17.Armee, quant à elle, a atteint la ligne de défense préparée appelée « ligne des Goth », voulue par von Kleist. Elle comprend Novorossiisk au sud, et part en arc de cercle jusqu’à la mer d’Azov au nord, et défend Krasnodar. Fin janvier, ce ne sont pas moins de 400 000 hommes qui sont regroupés dans une tête de pont de 150km de profondeur.

On y compte des unités alliées roumaines et des supplétifs composés d’anciens citoyens soviétiques. Mais on y compte aussi de nombreuses unités recrutées parmi les populations du sud Caucase.

Finalement, von Kleist et von Manstein réussirent à berner les Soviétiques et à éviter la perte de deux armées et près d’un million d’hommes. Les Russes manquèrent de troupes et la nature désolée de la région joua, pour une fois, contre eux : ils ne purent refermer la nasse assez rapidement. Il faut aussi souligner la résistance désespérée mais victorieuse des troupes affaiblies et dispersées de Manstein à Rostov. Le 31 janvier 1943, au moment même ou Kleist faisait transiter les dernières colonnes de la 1.Pz.Ar. par cette dernière, Paulus capitulait à Stalingrad.

Nicolas PONTIC

Le numéro 13 est à commander ici :
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