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Mai 07

Libérer Leningrad et l’Ukraine ! – L’offensive générale soviétique du début 1944

Dans notre numéro 20, nous avions édité un article synthétisant l’offensive soviétique dans le nord et le centre du front de l’est à l’hiver 1944. Nous vous le livrons ici, en l’état…

En ce troisième hiver de la guerre, les forces armées soviétiques se dirigent à toute vitesse en direction du Dniestr et des monts Carpates, concentrant toutes leurs forces dans ce but. L’objectif des Russes est simple mais d’une grande importance : la libération de l’Ukraine occidentale et de la Crimée. L’enjeu stratégique est de taille et l’Armée Rouge réussira presque à isoler le Heeresgruppe Mitte. Les armées allemandes, encore une fois, sont surclassées et sont obligées de se replier vers l’ouest avant d’être submergées par les armées de Staline.

502734 Leningrad, Soviet breakthrough

Les offensives victorieuses de l’Armée Rouge durant l’été et l’automne 1943 ont permis de lever le siège de Leningrad, de repousser les Allemands hors du Nord-Caucase et l’ont amenée à pénétrer profondément en Biélorussie. Elles ont infligé de sérieuses défaites aux Allemands et ont permis aux soviétiques de prendre et de conserver définitivement  l’initiative stratégique. C’est pourquoi la Stavka a décidé de lancer une puissante offensive tout le long du front, depuis la Baltique jusqu’à la mer Noire, durant cet hiver 1943/1944.

 Situation stratégique

L’effort principal doit alors être exercé dans la région sud-ouest du front, afin de libérer l’Ukraine de l’ouest et la Crimée. Mais l’offensive envisagée dans le secteur nord du front (soit Leningrad et Novgorod) occupe également une place importante dans le plan. Il est aussi envisagé de battre le Groupe d’Armée Centre, et de libérer une large partie de la Biélorussie encore entre les mains des allemands. L’offensive en Ukraine se doit donc d’être menée en coordination avec ces deux autres opérations.

Leurs défaites de l’été et de l’automne ont obligé les allemands à se mettre sur la défensive, et leur plan stratégique pour le reste de la guerre consiste à « défendre jusqu’à la fin chaque pouce de terre à l’Est », à repousser le débarquement des Alliés à l’ouest, puis à retourner leurs forces contre l’Armée Rouge afin de la vaincre définitivement.

A l’aile sud du front est, les Allemands cherchent à rétablir leur défense le long du Dniepr, afin que, lorsque l’Armée Rouge lancera son offensive, ils puissent la retenir le plus longtemps possible loin de la Crimée et des frontières roumaines.

Durant l’été et l’automne, les quatre Fronts d’Ukraine (F.U.) ont sérieusement bousculé les Allemands, les repoussant hors de l’est de l’Ukraine, les forçant à traverser le Dniepr, et ont pris d’importantes têtes de pont stratégiques sur la rive ouest du fleuve, autour de Kiev, Tcherkassy et Dniepropetrovsk. Celle tenue par le 1er F.U., autour de Kiev, fait 260 km de long sur 120 km de profondeur, tandis que celle du 2e F.U., dans la région de Krementchoug et Dniepropetrovsk fait pas moins de 400 km de long sur 70 de profondeur. De profonds coins ont été enfoncés dans la défense allemande, et la pénétration soviétique est telle à l’ouest de Kiev que les forces allemandes au sud sont profondément menacées sur leur flanc.

Lorsque la libération de l’Ukraine occidentale commence, les Allemands ne tiennent plus qu’une faible portion de la rive ouest du Dniepr autour de Kanev, et une tête de pont sur la rive est, autour de Nikopol.

Objectif : libérer l’ouest de l’Ukraine

Tous ces facteurs, du point de vue soviétique, plaident en faveur de la continuation de l’offensive dans l’espoir de libérer l’ouest de l’Ukraine et la Crimée, et ce but tient une grande place dans les priorités de la Stavka pour la planification de la campagne d’hiver de 1943/44. L’objectif est d’écraser une importante force allemande, de libérer des millions de civils soviétiques et de récupérer les industries métallurgiques de Krivoy Rog et de Kerch, les mines de manganèse de Nikopol, les régions les plus fertiles d’URSS et les ports de la mer Noire. Battre les Allemands en Ukraine occidentale et étendre l’offensive vers les frontières sud-ouest de l’URSS autoriserait aussi la perspective de frapper les Balkans à travers la Roumanie ainsi que la Pologne, par le flanc et l’arrière du Groupe d’Armée Centre, sur la défensive en Biélorussie.

Offensive soviétique en Ukraine orientale (août-décembre 1943)

Offensive soviétique en Ukraine orientale (août-décembre 1943)

L’idée de base dans la pensée de la Stavka consiste à disséquer la défense allemande grâce à de nombreuses et puissantes attaques tout au long de l’ensemble du front entre la rivière Pripet et la mer Noire, entraînant l’encerclement et la destruction en détail des Allemands. Le plan consiste à battre d’abord les forces allemandes dans la partie est de l’Ukraine occidentale, puis à atteindre la ligne Bug-Permovaysk-Ingulets. Ceci fait, les forces soviétiques doivent achever les Allemands et rejoindre la ligne Lutsk-Mogilev Podolsky-Dniestr, afin de libérer la Crimée

 L’offensive doit donc se diversifier en une série d’opérations séparées, mais avec un seul et même but.

Bien qu’il ait perdu la bataille pour le Dniepr, le Haut Commandement allemand espère un répit pendant l’hiver et le printemps 1944. D’ailleurs, il n’a pas abandonné l’idée de réduire les têtes de pont sur le Dniepr, ainsi que celle de rétablir les communications terrestres avec les forces bloquées en Crimée depuis sa tête de pont de Nikopol. Dans le même temps, il renforce précipitamment les positions défensives qu’il tient déjà, en construisant une ceinture de fortifications dans la profondeur opérationnelle le long des fleuves Goryn, Ingulets, Ingul, Bud du sud et le Dniestr.

A la fin de 1943, la plus grande partie des forces stratégiques allemandes se trouve sur le front compris entre le Pripet et la Crimée. Elle consiste en le Groupe d’armée Sud (Feld-Maréchal von Manstein), et le Groupe d’Armée A (Feld-Maréchal von Kleist). En Ukraine se trouvent 93 divisions, incluant 18 Panzer et 4 motorisées, plus deux brigades. Chaque division comprend entre 7 000 et 10 000 hommes, avec en tout 16 800 canons, 2 200 chars et 1 460 avions.

Face à cette force, l’Armée Rouge peut aligner les quatre F.U., la Flotte de la Mer Noire et l’Armée Côtière indépendante. Ses armées disposent de 168 divisions de fusiliers et 9 divisions de Cavalerie. Les effectifs des divisions varient entre 2600 et 6500 hommes. Plus 28 800 canons, 2 000 chars et 2360 avions.

Le 1er Front d’Ukraine attaque…

Le printemps débute plus tôt qu’à l’accoutumée, en Ukraine, cette année 1944. La neige commence à fondre à la fin de janvier, les rivières sortent de leur lit et les routes sans revêtement commencent à être impraticables. Le mauvais temps rend les mouvements et les manœuvres des forces très difficiles.

En accord avec les plans de la Stavka, les quatre F.U. débutent leur offensive à la fin de décembre 1943, début janvier 1944. Leurs opérations sont coordonnées par les maréchaux Joukov et Vassilevski.

Le premier à attaquer est le 1er F.U. (Vatoutine), en face de la 4. PanzerArmee, qui comprend 21 ID et 8 PD, plus une MD et une brigade. La présence de cette puissante armée blindée n’est pas une coïncidence, puisque la tête de pont autour de Kiev est un danger sérieux pour les Allemands. Non seulement elle surplombe le flanc de toutes les forces de l’Axe au sud de Kiev, mais en plus, elle sépare les G.A. Sud et Centre. Les Allemands ont plusieurs fois tenté de repousser les Soviétiques au-delà du Dniepr, mais sans succès. La Stavka a donc décidé de frapper la 4. PA et de la contraindre à traverser le Bug du Sud.

Après un bombardement d’artillerie et aérien, le 1er F.U. passe à l’attaque le matin du 24 décembre, et sous sa pression la 4. PA commence à se replier précipitamment vers l’ouest. Après cinq jours de combat, les défenses allemandes sont percées sur 300 km de large et 100 km de profondeur, et un coin se forme dans le front allemand. Au nord de Uman, un énorme trou se forme entre la 4. PA et sa voisine, la 1. PA. Plus loin la progression du 1er F.U. vers le sud peut mettre en danger la 4. et 8. A, et faire tomber l’ensemble de la défense allemande dans le sud du front.

Pour juguler la menace en cours de développement, les Allemands redéploient 12 divisions, dont deux panzer, contre le 1er F.U., puis concentrent 5 PD et 4 ID dans la zone au sud-ouest de Vinnitsa et au nord-ouest de Uman. Malgré de lourdes pertes, ces unités réussissent, après de furieux combats, à stopper toute nouvelle avance des Soviétiques dans ce secteur. Mais ces derniers ont fait reculer les Allemands de 80 à 200 km, et se tiennent maintenant sur les arrières du G.A. Sud. De plus, ils ont mené un mouvement en profondeur et tourné le flanc des unités allemandes tenant encore la rive droite du Dniepr à Kanev, et les conditions sont maintenant réunies pour frapper ces forces depuis l’arrière.

…Puis le 2e

Le général Koniev du 2e F.U. débute alors une offensive vers Kirovograd, le 5 janvier 1944, et libère la ville le 8, malgré de furieuses contre-attaques allemandes. Après avoir parcouru entre 40 et 50 km, la résistance allemande se renforce, et l’offensive est stoppée. Mais la conséquence de son avance est qu’il tourne maintenant le flanc sud des forces allemandes de Kanev. La menace que fait peser le saillant ainsi formé sur les flancs des deux Fronts et la perspective de détruire un certain nombre de divisions allemandes incitent alors la Stavka à organiser une opération qui débouche sur la poche de Korsun.

BB071 German forward post observes KolpinoLa poche ayant été réduite (voir article page 34), les 1er et 2e F.U. ne forment plus qu’une seule et même tête de pont le long du Dniepr. Ils ont réuni les conditions favorables à une nouvelle offensive, en direction du sud du Bug et du Dniestr, supprimé la menace reposant sur leurs flancs et sécurisé les futures manœuvres entreprises sur l’ensemble du front central. Les plans allemands pour rétablir une défense solide le long du Dniepr sont alors détruits définitivement.

Alors que les opérations autour de Korsun sont en cours, un nouveau coup est porté aux Allemands lorsque l’aile droite du 1er F.U., le 27 janvier, déclenche une offensive dans la région de Sarny, avec pour but l’enveloppement de Rovno et Lutsk depuis l’ouest. Les Soviétiques attaquent à travers les bois et avancent dans la boue, mais cependant ils réussissent à se retrouver derrière la 4. PA, puis se dirigent vers le sud et l’ouest, prennent Lutsk le matin du 2 février et Rovno le soir même. Le 11, ils ont rejoint une ligne Lutsk-Yampol-Shepetovka, où ils font halte. Le flanc nord du G.A. Sud n’avait jamais été aussi étiré et donc menacé, et les perspectives des Soviétiques consistent maintenant à renouveler leur offensive de plus belle, car le terrain devant eux est désormais ouvert à des opérations en profondeur sur les arrières du GA Sud mais aussi du GA A.

…Et enfin les 3e et 4e Fronts d’Ukraine

D’importants combats se déclenchent alors dans la région de Krivoy Rog et Nikopol, au début de janvier, où les 3e et 4e F.U. sont opposés à la 6. A, composée de 18 ID, 4 PD et une MD. Les Allemands sont déterminés à défendre ces villes à tout prix.

Les 10 et 11 janvier, l’offensive débute, avec l’attaque du 3e F.U. vers Apostolov, alors que le 4e F.U. attaque depuis la tête de pont de Nikopol. De furieux combats sont menés durant 6 jours, mais la résistance allemande est telle qu’à la fin, les Soviétiques n’ont avancé que de 2 km. Il est donc décidé de stopper l’attaque et de préparer plus minutieusement une nouvelle offensive. Le 30 janvier, le 3e F.U. (Malinowski) repart à l’offensive et le jour suivant, c’est le 4e F.U. (Tolboukhine) qui avance. Ils mènent des attaques de flanc au nord-est de Krivoy Rog et au sud de Nikopol, réussissent à percer les défenses allemandes et à prendre Apostolov le 5 février, coupant en deux la 6. A, menaçant les forces allemandes le long du Dniepr au Sud de Kirovograd d’un encerclement.

L'avance soviétique en Ukraine occidentale (Décembre 1943 - avril 1944)

L’avance soviétique en Ukraine occidentale (Décembre 1943 – avril 1944)

Le commandement allemand fait alors d’énormes efforts pour liquider cette menace. Il mène une puissante contre-attaque vers Apostolova, et réussit à stopper tout mouvement vers le sud de la part du 3e F.U. Ceci est exploité pour permettre aux forces menacées d’encerclement de se replier vers l’ouest, mais au prix de lourdes pertes.

Le 4e F.U., qui avait attaqué depuis la tête de pont de Nikopol, a totalement libéré la rive ouest du Dniepr le 8 février, enlevant aux Allemands tout espoir de pouvoir porter secours à leur armée bloquée en Crimée. Ce même jour, Malinovky et Tolboukin libèrent Nikopol. Dans les combats qui suivent, le 3e F.U. inflige de lourdes pertes à la 6. A, libère Krivoy Rog le 22 février, poursuit les troupes allemandes jusqu’aux rives de l’Ingulets, et livre bataille pour créer des têtes de pont sur sa rive ouest. La défaite infligée à la 6. A est aussi importante que celle que subit la 8. A lors des opérations autour de Korsun.

C’est ainsi que prend fin la première phase visant à libérer l’ouest de l’Ukraine. Les forces soviétiques ont infligé aux Allemands une grande défaite, repoussant ces derniers au-delà du Dniepr et les chassant d’une grande partie de l’Ukraine occidentale. Au début de mars, les conditions sont réunies pour la seconde phase, dont le but est de libérer le reste de l’Ukraine.

La deuxième phase peut commencer

Le Haut  Commandement allemand pense que, comme après chaque grande attaque, les Soviétiques vont devoir prendre un certain temps pour reprendre leur souffle – de plus, l’arrivée du printemps a rendu les routes impraticables et a considérablement ralenti les opérations motorisées. Les Allemands espèrent donc utiliser ce temps pour réorganiser leurs troupes, épuisées et saignées à blanc dans la bataille, et les retrancher dans les positions qu’elles occupent maintenant. Après cela, elles seront de nouveau fortes : en mars 1944, les G.A. Sud et A comptent 83 divisions, dont 18 PD et 4 MD.

Cependant, la Stavka ne leur donne aucun répit. Après avoir évalué la situation, elle décide, malgré le mauvais temps, que les 1er, 2e et 3e F.U. peuvent continuer leur offensive. Pour mener à bien ce projet, de nombreuses et puissantes attaques doivent être déclenchées simultanément sur un vaste front, allant du Pripet à l’embouchure du Dniepr. Puis, ayant percé les défenses allemandes, l’Armée Rouge doit  rejoindre les Carpates, pour finir par démembrer le GA Sud.

Le 1er F.U., en accord avec ce concept, déploie ses troupes au sud de Rovno dans le but d’attaquer vers Chertkov, et ainsi couper la retraite des Allemands depuis le nord du Dniepr. Il ne veut pas seulement amener les troupes soviétiques profondément sur le flanc et les arrières des défenses allemandes, mais aussi, en même temps, il espère tourner par l’arrière l’ensemble des cours d’eau (Bug, Dniestr, Pruth) où les Allemands pourraient chercher à stopper les forces soviétiques.

Le 2e F.U. doit dépasser la région de Zvenigorodka pour foncer sur Uman et Jassy, tandis que le 3e F.U. doit battre les forces ennemies sur la rive ouest du fleuve Ingulets et attaquer ensuite en direction d’Odessa. Le 4e F.U. ne doit pas participer à l’offensive, car il doit préparer celle contre la Crimée.

A la veille de l’attaque, l’Armée Rouge va subir une terrible perte. Alors qu’il visite ses troupes, le commandant du 1er F.U., le général Vatoutine, est mortellement blessé le 29 février, par des nationalistes Ukrainiens. Le jour suivant, le maréchal Joukov prend le commandement de son armée sur le terrain.

L’offensive du début mars

Début mars, les forces soviétiques attaquent donc simultanément, et la puissance de leur offensive fait trembler les défenses allemandes sur leurs fondations. Du Pripet à l’embouchure du Dniepr, des millions d’hommes sont engloutis dans la bataille. Le premier à attaquer est le 1er F.U., le 4 mars. Face à lui, les 1. et 4. PA, avec 26 divisions (dont 9 panzer). Une impressionnante attaque de l’infanterie soviétique, soutenue par les chars et l’aviation, rompt le front allemand le premier jour, et les forces blindées se déversent alors à travers la brèche en direction du sud.

Le 10 mars, ils ont atteint une ligne allant de Tarnopol à Proskurov en passant par Volochisk. Toute autre avance de la part du 1er F.U. menace les Allemands de la perte du chemin de fer Lvov-Odessa, la principale ligne de communication entre les GA Sud et Centre. S’il était perdu, ces forces ne pourraient plus être ravitaillées que par une route détournée passant par la Roumanie. Dans le but de le tenir, les Allemands y envoient 9 panzer et 6 ID entre Tarnopol et Proskurov, qui essayent de repousser les Soviétiques au nord de cette ligne par de puissantes contre-attaques. De violents combats sévissent jusqu’au 21 mars.

L’attaque soviétique principale est soutenue par une seconde en direction de Khmelnik et Zhmerinka. Ici aussi, les défenses allemandes sont rapidement percées, et le 10 mars, les Soviétiques ont atteint la seconde ville. L’aile droite du 1er F.U. lance alors une attaque vers Brody, afin de protéger l’axe de progression principal du Front. Dubno est occupé après deux jours et les soviétiques sont au delà de Brody le 20 mars.

A l’aube du 5 mars, des centaines de canons et mortiers font pleuvoir un déluge de feu et de fer sur la tête des Allemands qui font face au 2e F.U., lorsque ce dernier déclenche son offensive contre la 6. et 8. A. Le principal axe d’attaque va ici de Zvenigorodka vers Novoukrainka. Le front allemand est ici aussi rapidement percé et les blindés s’engouffrent dans la brèche. Afin de remédier à cela, les Allemands font intervenir leurs réserves, quelques centaines de chars, ce qui n’empêche pas la victoire des Soviétiques. Les forces allemandes, sévèrement battues, doivent se replier précipitamment sur Uman. Le 10 mars, les deux villes sus-citées sont aux mains des soviétiques.

CDY-1005482 RUS tanks, Razdelnaya, Russia 1944Après avoir repoussé l’attaque allemande sur la ligne Tarnopol Proskurov, le 1er F.U. repart à l’attaque contre une 4. PA incapable de lui résister, le 21 mars. Le 29 mars, Chernovtsy est conquise… C’est la « poche de Hube » qui est formée. Nous ne reviendrons pas sur les opérations autour de celle-ci, traitées dans le précédent article.

Le 14 avril, après des semaines de siège, la garnison allemande de Tarnopol se rend. Le 17, le 1er F.U. adopte une position défensive le long de la ligne Torchin-Berestechko-Zalozhtsy-Chertkov-Kolomya-Kuty. Ses opérations l’ont mené aux pieds des Carpates et, en coordination avec le 2e F.U., lui ont permis de couper le front Allemand en deux.

La traversée du Bug

Après les offensives des 1er et 2e F.U., les Allemands sont obligés de se replier vers l’ouest, sans répit. La 8. A tente bien de stopper les Soviétiques sur le Bug, mais le 11 mars le 2e F.U. avait déjà atteint le fleuve.

Malgré la destruction des ponts, les Soviétiques ne s’arrêtent pas et traversent le fleuve sur des canots, des bateaux, des planches et autres embarcations improvisées, puis forment des têtes de pont sur la rive ouest. Les Allemands rameutent toutes leurs réserves pour contre-attaquer, mais les têtes de pont résistent jusqu’à l’arrivée du corps de bataille principal. Le commandement allemand ne peut alors que faire se replier le plus vite possible ses unités afin d’organiser une défense plus tenace sur le Dniestr. Les Soviétiques les poursuivent et, le 17 mars, ils ont rejoint le Dniestr. Le traversant, ils prennent Mogilev-Podolsky sur l’autre rive, se plaçant dans une position leur permettant de se diriger vers la frontière roumaine. L’aile gauche du front, quand à elle, traverse le Bug à Pervomayska, et rejoint une ligne allant du nord de la ville à Balta, le 22 mars. Une menace sérieuse se dessine alors pour les troupes allemandes opérant entre le Bug et le Dniestr. Le 2e F.U. vient de couper en deux le GA Sud, en repoussant l’aile droite de la 1. PA au nord-ouest tandis qu’il repousse l’aile gauche de la 8. A vers le sud.

C’est alors le 3e F.U. qui prend le relais, s’attaquant aux 34 divisions de la 6.A et à la 3e Armée roumaine. Il. traverse donc d’abord l’Ingulets au sud de Krivoy Rog, puis le 6 mars, l’offensive principale est lancée en direction d’Odessa et Nikolayev. L’opposition allemande est ici telle que seuls 3 km sont franchis le premier jour. Mais la nuit venue, les Soviétiques amènent des renforts en hommes et en cavalerie, capables de surprendre les Allemands. Ces derniers n’ayant pas de réserves, ils perdent pied et sont obligés de se replier vers l’ouest. Le 8 mars, les blindés soviétiques prennent Novy Bug, après quoi ils se dirigent vers le sud, sur les arrières des Allemands de la région de Bereznegovatoye/Snigirevka, mettant en danger la 6. A d’être coupée de sa ligne de retraite vers l’ouest. Elle réussit tout de même à sortir de la nasse en traversant le Bug méridional, mais au prix de nombreuses pertes.

Pendant ce temps, le centre et l’aile gauche du 3e F.U., poursuivent les Allemands en retraite, atteignent le sud du Bug, à Konstantinovka. Malgré le fait qu’il ne leur reste que 21 de leurs 34 divisions, les 6. A et 3e Armée roumaine espèrent pouvoir stopper l’avance des Soviétiques sur le Bug, afin de leur barrer la route d’Odessa. Mais ces derniers traversent la rivière le 18 et 22 mars et arrivent près de Nikolayev.

L’Ukraine est libérée

La Stavka donne ses nouveaux ordres au 3e F.U. : prendre Odessa, et traverser le Pruth et le Danube. Mais devant Odessa, la résistance allemande se durcit et l’état des routes empêche la tête de pont soviétique de rapidement se renforcer.

La Stavka, suivant l’évolution du front de près, ordonne alors au 2e F.U. d’envoyer son aile droite le long de la rive ouest du Dniestr, pour prendre Kishinev, tandis que son aile gauche doit se diriger au-delà du secteur Kodyma/Pervomaysk, le long de la rive est du même fleuve. Pour parer à cela, les Allemands détachent 6 ID et 3 PD du sud du front pour faire face à la menace du 2e F.U. Ceci n’empêche pas le 2e F.U. d’avancer et bientôt la 6. A allemande ainsi que la 3e. Armée roumaine sont coupées de la 8. A, pour bientôt être encerclées entre le Dniestr et le Bug. A cette vue, les Allemands ne peuvent qu’envisager une retraite rapide et, le 28 mars, Nikolayev tombe à son tour.

Le 3e F.U. peut maintenant développer son offensive. En se saisissant de Razdelnaya, il  sépare les forces allemandes en deux, une partie se repliant sur Odessa, l’autre vers Tiraspol. Malgré une forte résistance des allemands, le 10 avril, Odessa tombe et, le 12, c’est au tour de Tiraspol. Le Front en profite immédiatement pour traverser le Dniestr, conquérir quelques têtes de pont, puis s’arrête.

Pendant ce temps, l’aile droite du 2e F.U. développe son offensive et atteint, le 26 mars, le Pruth, frontière entre la Roumanie et l’URSS, sur une longueur de 80 km. Les Allemands comprenant que si le 2e F.U. traversait le fleuve, il pourrait piéger ensuite les 6., 8. A et la 3e Armée roumaine, ils dépêchent la toute nouvelle 4e Armée roumaine afin qu’elle prenne position dans les passes des monts Carpates, depuis Pashkany au nord de Jassy.

En traversant le fleuve Pruth, le 2e F.U. vient de fouler au sol le principal membre de l’Axe, après l’Italie. Mais certainement le plus important stratégiquement parlant pour l’effort de guerre de l’Allemagne, puisque les raffineries roumaines fournissent encore l’essentiel des besoins en carburant de la Wehrmacht.

La libération de Leningrad et de sa région

Début 1943, si les Allemands n’avaient toujours pas pris la ville, les Soviétiques, eux, ne pouvaient pas faire plus que créer un corridor permettant son ravitaillement. Les Allemands arrivaient tout de même toujours à bombarder la ville, et les combats continuèrent tout au long de l’année. Le siège ne put être définitivement brisé avant le début de 1944, lorsque l’Armée Rouge fut capable de lancer une grande offensive et de repousser au loin les allemands, mettant un terme à « 900 » jours de siège.

Le 12 janvier 1943, les Fronts de Leningrad et de Volkhov attaquaient le saillant de Schlüsselburg-Sinyavino. Le 18 janvier, les hommes des deux Fronts se tendaient la main : un corridor de 8 à 12 km de large se formait ainsi entre le Lac Ladoga et la ligne de front, reliant enfin la ville au reste de la Russie. La ville et les armées de Leningrad pouvaient être maintenant facilement ravitaillées, grâce au chemin de fer. Les deux Fronts pouvaient alors mener des actions coordonnées. La levée du blocus fut un point crucial de la bataille de Leningrad : l’initiative tactique venait de repasser entre les mains des soviétiques. Mais la ville était toujours assiégée. Les succès de 1943 à Stalingrad, à Koursk et sur le Dniepr permirent d’envisager une action de grande ampleur dans ce secteur.

Les Allemands avaient eu tout le temps d’ériger une défense « impénétrable », sous le nom de ligne « Panther », comprenant deux zones de défense et une ligne de défense arrière, courant de la Narva jusqu’à Ostrov, en passant par les lacs Peipus et la ville de Pskov. Ces positions étaient tenues par les 18. et 16. A. du G.A. Nord (Küchler). Face à la 18. A. (168 000 hommes, 4 500 canons et 200 chars), les Front de Leningrad et de Volkov alignaient 375 000 hommes, 14 300 canons et pas moins de 1 200 chars (!).

 

Briser l'encerclement de Léningrad (Janvier 1944- Mars 1944)

Briser l’encerclement de Leningrad (Janvier 1944- Mars 1944)

En septembre 1943, la Stavka décida de lancer une opération dans la région de Leningrad et Novgorod. Afin de cacher leurs intentions, les Soviétiques entreprirent de simuler les préparatifs d’une offensive sur Kotly et Kingisepp, tandis qu’ils organisaient un raid sur Mga et feignaient une concentration de troupes dans le but d’attaquer Chudovo. Si les Allemands se doutaient de la direction générale de la future offensive, qu’ils savaient inévitable, ils furent incapables de déceler la date et l’ampleur de celle-ci.

Le 14 janvier, c’est la 2e A. de choc, dans la poche d’Oranienburg, qui débuta l’offensive. Elle avait pour objectif Ropsha. Malgré son inexpérience et la résistance allemande, elle pénétra de 3 km les lignes de défense ennemies le premier jour. Si les Allemands contre-attaquèrent vigoureusement, ils ne purent rien et, le 3e jour, la 2e A. de choc avait percé la ligne principale de défense et se trouvait à 8 km à l’intérieur des lignes allemandes.

Le 15 janvier, c’était au tour de la 42e A. de déclencher les hostilités, depuis Pulkovo. Elle prit Alexandrovka, puis coupa la ligne Krasnoye/Selo-Pushkin. Le 17, elle s’enfonçait de 10 km dans les lignes ennemies.

Le même jour, la 2e A. de choc continuait à se diriger vers Ropsha. Les Allemands furent obligés de se replier pour préparer la défense de Krasnoyer Selo. Le 19, les armées soviétiques libéraient cette dernière ainsi que Ropsha, grâce aux navires de la Flotte de la Baltique. Le jour suivant, les unités de la 2e A. de choc et de la 42e A. faisaient leur jonction dans cette région. Dans cette action, deux divisions allemandes furent détruites et 5 autres subissaient de lourdes pertes. 85 des canons lourds qui bombardaient Leningrad depuis des mois étaient capturés.

En 6 jours, les troupes du Front de Leningrad avaient avancé de 25 km et fait cesser les tirs d’artillerie sur la ville.

Le 14 janvier, la 59e A. lançait elle aussi son offensive. A cause du mauvais temps, du manque de soutien et du manque de coordination, cette attaque, qui devait se dérouler au nord de Novgorod, depuis une tête de pont sur la rive ouest de la Volkhov, ne fut pas décisive, n’avançant que de 1,5 km. L’aile gauche de l’armée connut pourtant plus de succès : traversant le Lac Ilmen de nuit, sur la glace, sans préparation d’artillerie, ses unités réussirent à former une tête de pont de plus de 3 km de profondeur. Malgré les contre-attaques ennemies, le 17 janvier, la ligne de défense principale était percée dans cette région aussi. Pour éviter l’encerclement de leurs troupes, les Allemands y envoyèrent des renforts. Mais ce fut alors la 54e A. qui lança son offensive en direction de Lyuban, afin de soulager la pression sur la 59e A. Le 19 janvier, les Soviétiques coupaient la route menant à Novgorod et, le jour suivant, libéraient la ville.

Ayant détruit les défenses autour de Petergof Strelna et pris Novgorod, les Soviétiques se dirigèrent vers Krasnogvardeisk, Kinigisepp et Batetskaya Luga. A la fin de janvier, ils avaient rejoint et traversé la Luga en plusieurs points, tandis qu’ils prenaient la ville de Luga et de Shimsk.

 Le matin du 27 janvier, une salve de 324 canons signalait la fin du blocus de Leningrad. Pour la première fois depuis 28 mois, la population civile pouvait descendre dans la rue sans craindre un obus allemand.

L’offensive soviétique dans le nord du front Est continua de plus belle et ne s’arrêta que le 26 février, sur une ligne Narva-Pustoshka, mai sans avoir pu libérer la première ville ainsi que Pskov et Ostrov.

En l’espace de 6 semaines de combat, le G.A. Nord avait connu une cuisante défaite, se repliant de 200 à 280 km, laissant aux mains des Russes les régions de Leningrad et de Kalinin. Mais si Leningrad n’était plus menacée par le sud et le sud-est, elle le restait encore par les troupes Finlandaises massées au nord de la ville, dans l’Isthme de Carélie…

Fin encadré

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